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Derniers instants

Lutte contre la maladie

La maladie se manifesta cliniquement après avoir été précédée d’une période asymptomatique d’environ dix années. Le début remonte à fin 1998, alors que Bernard Marion est en pleine possession de ses moyens. Lorsque le Pr. Belpomme l’examine pour la première fois en avril-mai 2008 à l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris, son cancer est déjà très avancé. Ainsi malgré une prise en charge très suivie pendant près de deux ans, la maladie fut plus forte que les traitements dispensés. Mais quelles qu’aient pu être les souffrances, chez Bernard Marion, la passion de peindre et la volonté d’achever son œuvre pour qu’après lui elle lui survive, furent encore plus fortes. En témoigne la vingtaine de lettres calligraphiées écrites à la plume d’oie, adressées durant cette période au Pr. Belpomme.

Lutter contre la maladie et assurer la pérennité de son œuvre, tels furent les deux combats de Bernard Marion à cette époque. Comme tout artiste qui dans sa vie a traversé des moments difficiles, Bernard Marion avait soif de reconnaissance. Champlitte lui rendit un premier hommage en organisant du 1er juillet au 30 septembre 2008 « Marion(s) sur Rues », une exposition à toutes les fenêtres et vitrines des habitations de la commune de 170 aquarelles, sans oublier de remarquables dessins à la plume représentant des statues de Saint Vincent. Voici ce que la plaquette d’information indique, et qui en quelque sorte témoigne du travail et de l’œuvre du peintre :

« Depuis 40 ans, Bernard Marion dessine, croque, met en aquarelle le patrimoine du bourg et du canton. Angles de rues, hauts de points de vue, recoins d’églises, vitrines de musée, flancs de mur… Le peintre a collecté, collectionné, accumulé, fixé sur le papier par centaines édifices, éléments architecturaux et objets de notre passé. Aujourd’hui, le promeneur est invité à déambuler et à musarder dans ce dédale d’images disséminées partout dans Champlitte. De la Place de la Mairie à celle du Marché en passant par la rue du Bourg et du Chirurgien Boy, vitrines et fenêtres donnent à voir au promeneur dessins et aquarelles de Bernard Marion. Ici ou là, à côté d’un croquis, l’objet qui a servi de modèle sorti des collections du musée pour revenir quelques semaines durant chez l’habitant. Et pour finir – ou commencer la déambulation, arrêt sur image à l’Office de Tourisme et au Musée Départemental Albert et Félicie Demard où d’autres œuvres du peintre attendent l’œil gourmand du promeneur. » (voir plaquette)

On notera qu’Albert et Félicie Demard, qui ont également tant œuvré pour Champlitte, en créant le musée des Arts et Traditions Populaires, n’ont pas été oubliés, Bernard Marion leur rendant implicitement hommage.

Preuve que Bernard Marion, bien que déjà gravement malade, se battait toujours à la fois contre son mal et pour la survie de son œuvre ; voici ce qu’il écrivit en août 2008 au Pr. Belpomme : « Bonjour Professeur Belpomme, Je sais que vous tentez tout ce qu’offre la médecine pour enrayer l’évolution de mon cancer… Et j’ai toujours grande joie à vous entendre et à vous voir. Ma prochaine analyse de sang pour contrôler les PSA doit se faire autour du 8 septembre (Mme Pen). Le Bien Public a publié dans le cahier qui accompagne sa parution du vendredi un bon article avec reproduction d’une aquarelle sur mon exposition à Champlitte que la nouvelle municipalité a voulue « évènement culturel ». Toute la Bourgogne est informée. Pas d’équivalent à l’EST Républicain, seulement un petit article minable rédigé par le correspondant local. Serait-ce trop vous demander d’intervenir auprès de votre « connaissance » à l’Est Républicain pour obtenir quelque chose de plus sérieux ? 170 œuvres exposées. Il serait judicieux de lui envoyer ce dépliant et mes coordonnées. Très grand merci.».

Mais à l’exception de ce qu’il pouvait écrire ou dire à ses médecins, jamais Bernard Marion ne parlait de sa maladie en public. Voici par exemple ce qu’écrit Pierre Rameau concernant le comportement du peintre à l’époque, soit quelques temps après « Marion(s) sur Rue » : « au cours de nos dernières réunions à Fontaine-Française pour la mise en page définitive de notre dernier ouvrage « Croix de nos villages », il parle peu de ses problèmes de santé, à l’exception de ses obligations de soins qui l’obligent à s’absenter de plus en plus souvent. Avec cette pudeur qui n’est rien moins qu’une forme particulièrement digne de courage, il ne manque pas de s’en excuser avec cette politesse exquise qui le caractérise. Son art a sans doute plus d’importance à ses yeux que ses problèmes personnels, qu’elle qu’en soit la gravité ».
thumbnailGrâce à Jean Luc Estavoyer, alors conseiller municipal chargé de la culture, et président de l’Association « Les Amis du Musée », Champlitte rendit un deuxième hommage à Bernard Marion en organisant le samedi 29 Août 2009 au château de la commune la présentation d’un porte-folio de 20 dessins et aquarelles sur les collections du musée. Bien que gravement malade, voici ce qu’écrit d’une écriture toujours calligraphiée et encore ferme et structurée, le 22 Août 2009, Bernard Marion au Pr. Belpomme qui est devenu bien plus que son médecin.

De très nombreuses personnes assistèrent à l’événement en présence du peintre et du maire de Champlitte. Mas simultanément la maladie résistait aux traitements et il fallut se rendre à l’évidence : l’état de santé de Bernard Marion se dégradait progressivement. Prenant conscience de cette situation, sans pour autant paradoxalement perdre tout espoir, la préoccupation majeure de Bernard Marion était de sauver son œuvre de l’oubli. D’où à son initiative et en sa présence, la création en Août 2009de l’Association telle que nous l’avons rapportée, afin que son œuvre perdure.

Ses problèmes de santé nécessitaient des allers et retours sur Paris pour des consultations médicales et des soins. Lors d’un séjour sur Paris, avec Pierrette Gros qui l’accompagne dans ses déplacements, il visite à Giverny la maison et les jardins de Claude Monnet à qui il rend hommage en y réalisant l’une de ses dernières aquarelles.

Peu de temps avant sa mort, il réalise encore une douzaine d’aquarelles à Beaujeu, une maison de repos dans laquelle il réside au décours d’une hospitalisation à Gray, peignant notamment les arbres du parc et les personnages qui s’y promènent et y recevant ses amis.

Comme l’écrit Pierre Rameau, « le plus souvent assis sur son éternel pliant, trahi par un corps épuisé, il parle encore avec passion de sa peinture, de ses sources d’inspiration, de ses recherches picturales et spirituelles ».

Bernard Marion s’éteindra le 13 novembre 2009 à l’hôpital de Gray, après que ses amis l’aient une dernière fois revu.

Le 16 novembre 2009, a lieu la messe de funérailles en l’Eglise de Champlitte et quelques jours plus tard, son enterrement dans le cimentière du Haut-du-Them Château Lambert, son lieu de naissance.

Dans son homélie, lors de la messe de funérailles, le père Viennet qui l’a bien connu, lui rend un dernier hommage : « c’est au nom d’une amitié de plus de 50 ans, et à sa demande, qu’il m’est donné de prendre la parole aujourd’hui à Champlitte… Tous nous avons admiré ses talents d’artiste, sa capacité à nous faire voir ce qu’on ne voit pas, à nous faire entrevoir l’invisible au cœur du visible… L’art n’est-il pas ce chemin d’ouverture et de contemplation à travers l’expérience de la beauté et de l’intériorité ? ». Et de conclure : « Maintenant, Bernard, tu découvres celui que tu as cherché. Tu as su ouvrir des cœurs à la beauté de la création, à travers nos magnifiques paysages et notre riche patrimoine que nous ne savons pas toujours apprécier… Tu as affronté depuis des mois un dur Chemin de Croix… Que le chemin que tu as ouvert ne se referme pas, mais suscite d’autres vocations pour le bonheur de l’humanité et son Avenir ».